Harrie se sentit rapidement à l'aise, en sécurité, je pense ; elle se plaça face moi comme si elle me défiait. Adossé à un mur blanc de maison, j'observais paisiblement son intérieur.
-Alors c'est ici que tu habites ?
-Oui... C'est charmant n'est-ce pas... Tu veux boire quelque chose ?
-Non, ça va aller, merci.
Un silence s'installa. Mais nous ne pensions pas qu'il était nécessaire de parler pour se comprendre : le bonheur était bien présent. J'enfouis alors ma main dans une poche de ma veste noire et en resortis une feuille rose, abimée. Harrie s'en empara sans que je lui demande quoi que ce soit. Elle l'avait reconnue ; son visage s'éclaira d'un sourire amusé.
-Je la garde sur moi depuis que tu es parti..., dis-je en la rangeant. Au début c'était une manie que je pensait efficace pour rester proche de toi, mais après... c'est devenue une obsession... je ne peut pas sortir sans, sinon je pète les plombs !
-Je m'en souviens, de cette lettre. Je te disais que...
-...tu voulais bien sortir avec moi.... oui, compléta-je, les joues enflammées. Je la relis tellement de fois, je crois bien que je la connais par coeur.

-Quand je pense que tu es devant moi, dit-elle, la voix tremblante.
-Moi aussi, moi aussi, mais c'est moi, je suis là...
-Tu ne peux pas savoir le nombre de fois... j'ai tant rêvé de ce moment, Yaniis... tu ne peux pas imaginer...
-Pourtant tu es parti..., fis-je du tac au tac, ne me lassant pas berné par ce moment doucereux.
-Les choses ne se sont pas passées aussi simplement que ça !
-Tu m'as quitté, sans même me prévenir...
-Je ne t'ai pas prévenu parce que je ne voulait pas que l'on se quitte, justement. Tu veux pas une bière ?
-Non merci. Je pensais que c'était de ma faute, en plus... Tu sais, on commençait à peine à... enfin tu vois... je croyais que c'était parce que j'étais une merde dans ce domaine !
-Prend moi pour une *pute* ! Jamais je ne serais pas allée voir ailleurs ! je...j'étais enciente ! Prend pas cet air contrarié, tu pensais quoi ? Que l'enfant de trois ans que t'as vu avait été conçu en parallèle avec notre relation ? Non ! C'est le tien ! Je me suis démerdée !

-T'aurais du m'en parler, au lieu de te tirer.
-J'avais pas le choix... Et puis...je t'ai sauvé la vie...
-Mais moi je t'aimais..., dis-je pour seule réponse. Je l'aurais accepté, ce goss !
Les yeux cernés, une barbe de deux jours, je me sentais crasseux, face à cette situation. En une soirée, je devenais père et retrouvais la fille que j'avais toujours aimée. Alors que je voulais seulement me promener, à la base.
-Moi aussi, je t'aimais, ne pense pas le contraire, répondit Harrie en m'attrapant le bras.
Je m'en voulais de ne pas l'avoir tout de suite reconnue, ce jour là, dans les toilettes. Je m'en voulais de ne pas avoir vu le bébé venir. M'en voulais qu'elle se soit débrouillée toute seule.
-Tu m'as manqué... Mon Yaya...
A l'annonce de ce surnom, j'ai senti mon coeur se soulever et ma gorge se serrer. Harrie sourit d'un sourire que je n'avais pas vu depuis bien trop longtemps. Je la saisis alors par les hanches, afin de la rapprocher de moi.
"Je t'aimais..."
Mamzelle
sam 06 déc 2008 12:49