Mon beau-père, mon bourreau, ma merde, le metteur en scène de mon malheur, ce que vous voulez de négatif ferait l'affaire pour d'écrire cet homme : Grégan. Tout à fait, celui-ci, qui écrit tranquillement un mail alors que moi, je me prépare, non sans un certain trac.
Je le regardai une dernière fois depuis ma position, puis retournai dans ma chambre. Il fallait agir ! Et Dieu sait comme je l'ai bien fait !
S'il avait su !
Il allait regretter ce qu'il m'avait fait, regretter ses colères, ses mots tranchants, ses coups portants, regretter d'être né... tout simplement.
S'il avait su !
J'ai hissé l'engin (qui mettrait fin à tous mes problèmes) sur mon épaule.
Putain, ça pèse lourd, la vengeance
...

J'ai ricané un moment avant de reprendre mon sérieux. Mon coeur était empli de joie, bien que je ne desserais pas la machoire ; bien que mon estomac se nouait ; bien que mon corps entier tremblait sous l'effet du stress ; bien que mes vêtements étaient trempés de sueur froide. Malgré tout ça, mon coeur continuait de palpiter, sous l'effet de fantasmes que je dois avouer un peu trop macabres.
Je me rappelle distinctement de chaque sensation,
de chaque geste que j'ai fait à cet instant fatidique.
Chaque vibration habite encore mes rêves. Des rêves sombres que d'autres nommeraient "cauchemars" mais qui sont pour moi de doux souvenirs.
Je crevais de chaud... tous mes habits collaient. Et si ça ne fonctionnait pas ? Je n'avais jamais utilisé d'armes, après tout.
Un rayon brûlant perça le carreau de la fenêtre et me cogna dans l'oeil. Quel beau temps. Dans n'importe quel film, vous auriez plutôt trouver un orage violent et une pluie torrentielle, mais chez moi, dans mon monde, ce moment sinistre avait lieu en une superbe journée ensoleillée.

Gregan ne m'avait toujours pas remarqué, et heureusement, il n'aurait pas fallu qu'il se défende. Je sais que tirer dans le dos, c'est pas mal lâche comme attitude, mais cogner l'enfant que je suis l'est encore plus.
Ressasser ces images de bagarres entre lui et moi m'encouragea à pointer mon arme sur lui. Cette fois-ci, plus une seule hésitation ! Cette véritable mitraillette pesait une tonne et mes épaules frêles peinaient à en soutenir tout le poids. Cette agitation me faisait trembloter, je perdais tous mes moyens, non il fallait que je le fasse ! Mes mains étaient glissantes, le stress grand, mon coeur agité, mon échine dégoulinante...
Mon doigt se faufila dans la gachette. J'hésitais. Puis finalement je fit pression.C'était comme si je réunissais toutes mes forces pour appuyer. A ce moment là, je ne savais même plus si j'avais chargé ou pas. Mais j'eus ma réponse. Le coup partit. Gregan ne comprit pas. Ma mère non plus. Elle venait d'arriver, sur ses talons hauts, et moi, je l'ai maudite d'être arrivé si tôt.

Maman, comprend, il a juste payé ses conneries...
Juste ça.
Elle tomba mollement au sol, rempant vers l'amas de chair qu'était désormai son mari, pendu mollement à la chaise, la tête penchée et du sang lui sortant de la gorge. Elle hurlait. Hurlait d'un son strident qui me hante encore.
J'ai couru dans ma chambre et nettoyé l'arme, avant de me précipiter dans la chambre de ma soeur. Je l'ai tiré par le bras jusque dehors. Malheuresement, elle n'a pas échappé à la vision d'horreur de ma mère se vidant de larmes et tirant le corps de Grégan pour le prendre dans ses bras ; juste à côté d'elle gisait l'engin destructeur, tout propre, et près à recueillir ses empreintes sans défense.
Soit belle et tais-toi
...











