Accueil Date de création : 23/03/08 / Dernière mise à jour : 20/08/08 11:18 / 32 articles publiés

+009+  posté le mardi 15 avril 2008 15:04

Blog de netton : Black Cat, +009+

Dans un appartement d'une quarantaine de mètres carrés, une jeune femme nomée Swan Symon dormait depuis seulement deux petites heures.

De nombreux souvenirs de sa journée lui traversaient l'esprit en se bousculant.

Les yeux livides du cadavre... Son visage mutilé... Ce son strident...

Elle sortit avec beaucoup de mal de ses rêveries maléfiques. Son ordinateur  sonnait, mais elle ne s'en rendait pas compte et restait plongée dans l'obscurité de son esprit.

Ce son strident... Cette sonnerie...

Bon sang, mais ça venait de chez elle ! Et il semblerait qu'elle n'était pas à la morgue... mais dans son lit... elle se redressa brusquement, comme un diable qui sort de sa boîte.

-NON !,cria-t-elle, inconsciemment, le coeur battant.

Le regard morne de la jeune femme se baissa sur la couverture trempée de sueur sur laquelle elle gisait. On aurait dit qu'un inconnu était venu verser, pendant son sommeil (bien qu'il fut court), un seau d'eau chaude.

Le petit icône du logiciel continuait à s'agiter et chanter son air aigu ; elle s'y intéressa enfin. Un jour -elle s'en faisait la promesse- elle prendrait le temps de trouver comment on fait pour baisser le volume de ce réveil informatique. Ce truc la rendait folle, et ce, tous les matins, à la même heure. Un sommeil merdeux et court, le petit truc en forme de réveil qui s'énerve, le retour en sursaut du monde des rêves et la sensation immonde d'une sale journée en perspective, voilà comment se rythmait le début de ses matinées.

Le quotidien me rend malade...

 -Je dois avoir une gueule affreuse : "le retour de la momie" en redifusion,dit-elle à voix haute en se frottant les joues. 

Ses yeux cernés lui faisaient un mal de chien. Elle avait conservé son maquillage de la veille. C'était à bout de force qu'elle s'était traînée sur son lit, il n'y a pas si longtemps, ne prenant même pas la peine de se mettre sous la couverture de son lit (ce dernier n'allait pas tarder à rendre l'âme).

Elle se leva finalement, voulut allumer la lumière mais se souvint que c'était déjà fait, et, titubante, se dirrigea vers son Mac. Sa boite de mails se mit également à sauter dans la barre de menus. Un message vocal de son patron venait de lui parvenir.

"Swanou ?,appela une voix robotisée. C'est Boris, là. Bien roupillé ? Bref, poulette, j'ai besoin de toi tout de suite, dans environ cinq minutes, pour être précis. Je sais que ça t'emmerde de venir plus tôt mais..."

Swan soupira. Tôt ? Oui, il semblerait que quatre heures et demi du matin au lieu de cinq heures et demi soit effectivement plus tôt. La voilà, sa sale journée en perspective. Elle avait définitivement de l'intuition. Tout en choisissant ses vêtements, elle tendit l'oreille à l'annonce du second ujet :

"Mitsumachin n'est pas encore arrivée et..."

Mitsury, la nouvelle légiste ? Bien, en espérant qu'elle ne sois pas trop stupide, comme la précédente !

"Tu es la seule qui s'y connaisse pas trop mal en tombes."

"Tombes"... O.K... Super... Elle avait droit au cimetière dès le matin...

"Bon. Je te laisse t'habiller... Oublie la douche, on n'a pas le temps. Ramène-toi vite fait au cimetière de la 47ème. Cinq minutes. A tout de suite."

On se tut enfin. Elle ne put s'empêcher de se redire, pour la seconde fois depuis son réveil, que son quotidien de pseudo-flic la bouffait. Derrière ses airs de femme timide et calme se cachait bien un caractère puissant que la brigade savait apprécier, et qui avait immédiatement plu au patron.

 Et dans cette petite chambre de célibataire, la désolation plânait. Mais, bien trop fière, elle ne laissa rien paraitre pour autant, même si elle était seule.

Comme chaque jour, Swan Symon avait rendez-vous avec un mort.

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+010+  posté le mardi 15 avril 2008 16:04

Blog de netton : Black Cat, +010+

Lorsqu'elle arriva au cimetière, il faisait jour. Ce retard n'échappa pas à Boris, son patron très matinal, qui l'attendait devant un tombe en terre battue.

-T'en a mis du temps, pupuce. J'ai dit cinq minutes, pas une heure.

-Je me suis faite aborder trois fois par des jeunes. Alors s'il te plait, no comment.

-C'est ta tenue, ça attire. Combien de fois je t'es dit qu'être flic c'est pas pareil qu'être pin-up ? Eh puis, je t'avais dit de laisser tomber ta douche, tu la prise quand même.

-Je me lave, pas comme toi ! ça fait une semaine que t'es avec les mêmes fringues et je parie que ta dernière toilette remonte à la même date !

-Le gardien à vu celle qu'a fait ça.

-Hein ?!

-La tombe.

-Ah. T'as changé de sujet.

-Faut suivre.

-Je suis.

-Quelle idée d'avoir bétonné ce cimetière, franchement, grogna Boris en grattant le sol du pied.Tout ça parce qu'ils veulent plus de defunts locataires. Z'abusent les gens de c'te quartier.

-T'y a vécu, je te rappelle.

-Merci de me le rappeler. Dailleurs, ça fouette toujours autant la poubelle, même vingt ans plus tard !

-T'as les échantillons de terre ?, coupa Swan.

-Ouais, Jacky est passé vite fait s'en occuper. Je savais que t'allais vouloir y toucher.

Elle ne prêta pas attention à cette dernière remarque et s'accroupit près de la terre. Jack, médecin légiste d'un autre établissement et ami du commissariat, était comme un frère pour Swan. Cette dernière ne put effectivement à s'empêcher de toucher la substance marron.

-On dirait de l'engrais. Bizarre, pour une tombe, d'avoir demandé une terre aussi humide. C'est là que les vers vont le plus. Il a pris du sang, aussi ?

-Aussi. Et.. j'ai oublié mais on a trouvé une seringue, par terre, près de la tombe. Il l'a emmenée.

-Bien. Une seringue.

Elle approcha son visage et renifla les taches pourpres. Swan a toujours eu l'habitude de se fier à son flaire, ce qui a répugné nombre de ses collègues lorsqu'il s'agissait de tripes, de sang, ou d'autres choses plus dégoûtantes les unes que les autres.

-Animal, annonça-t-elle. Et celui-là sent vraiment fort. Je dirais du chat ou du chien, à vue de nez. Peut-être du lapin, sinon, mais il n'y en n'a pas beaucoup par ici.

-Please, Swanny chérie, je viens de m'enfiler un pain au chocolat ! T'es bien gentille de n'pas me le faire rendre ! Tiens t'en à la tombe et laisse le sang de côté, j'ten prie.

-Tu veux des info' sur la tombe ? Ben j'vais t'en donné, moi, et tu vas voir que c'est... un peu bizarre...

-Traine pas, je risque de m'endormir, baîlla Boris.

-Cette tombe est vieille d'une vingtaine d'années. Or, la défunte, Sandra Ponont, n'est morte que le mois dernier, à 24 ans.

-Comment t'arrive à savoir, pour l'âge de la tombe ?

-Tu as dit toi-même que je m'y connaissais. Et maintenant, il y a un autre détail qui m'échappe : cette tombe est unique. Ici, elles ont toutes la même forme, sauf elle.

-Oui, tout comme il y en a qui ont plus de fleurs, ou plus de mousse, ça ne sert à rien ce que tu d...

-Mélange pas tout, pépère. Tout dabord, elle est arrondie, ensuite, elle est en terre battue, et enfin, il n'y a aucun signe de croix apparant. Comme si cette fichue tombe était la seule comprenant quelqu'un de non-croyant. Il faut croir que la personne qui a fait ça voulait (en quelque sorte) salir cette pauvre femme.

-T'es canon ET intelligente, mais qu'est ce que je vais faire de toi, ma chérie.

-S'il te plait, on peut rester concentrer ? Tu m'as réveillée une heure trop tôt, je suis un peu de mauvaise humeur, alors si en plus on ne bosse pas...

-Si on peut plus plaisanter...

-Que sait-on sur la personne qui a foutu le sang ?, trancha Swan.

-Des choses étranges, si ce n'est pas dire fantasmagoriques.

-C'est à dire ?, demanda Swan, de plus en plus intéréssée, elle d'habitude si terre à terre.

-Toutes les infos nous viennent du gardien de nuit. Il parle d'un fantôme.

-Un fantôme, ben voyons. Et comment était-il ?

-Elle, rectifia-t-il. Une ombre, une chose, une créature, une femme, une mariée...

-Vraiment ? Une mariée ?

-Ouais, enfin, "un grand truc blanc", comme dit le gardien. Et, apparemment, elle "glissait comme un bateau sur l'eau". Sincèrement, ce vieux perd la boule. Les morceaux de plastique dans l'allée nous signale qu'elle avait des talons blancs, aiguilles, et donc qu'elle ne flottait pas.

Le duo sortit calmement, tous deux dans leurs reflexions respectives. Une fois sortit du cimetière et de l'atmosphère qui y régnait, Swan reprit la parole :

-Je récapitule : une mariée fantôme en talons qui utilise une seringue pour jeter du sang animal sur Sandra Ponont, morte le mois derniers à 24 ans, sachant que sa tombe est presqu'aussi vieille qu'elle... T'en as déjà vu une, toi, d'enquête aussi étrange ?

-Si tu savais ce que j'ai vu dans ma vie !,s'exclama-t-il en levant les yeux au ciel. Plus rien ne m'étonne, désormais !

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+011+  posté le jeudi 17 avril 2008 19:09

Blog de netton : Black Cat, +011+

Même jour, quartier sud.

Dans les toilettes publics de la rue Jointedhands, Harrie Edelman, 21 ans, éleva son fils Henery à hauteur de visage.

-Chouchou, je te laisse là, près de la porte, mais tu ne bouges pas ! On est d'accord ? Sinon, pas de Mr Jack ce soir !

L'enfant de presque quatre ans ne répondit pas et se laissa poser sur le sol crasseux, alors que sa mère entrait dans une cabine tout aussi abjecte.

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+012+  posté le jeudi 17 avril 2008 20:00

Blog de netton : Black Cat, +012+

En entrant, je me suis trouvé nez à nez avec un mioche au cheveux sombre et pyjama rayé.

Qui peut bien faire ses besoins en laissant son gamin planté là ? 

-Y a quelqu'un ?, j'ai crié. Ce gamin a une mère, ou bien merde ?

-Qui c'est le con qui s'occupe pas de ses affaires ?!, grincé une femme depuis une cabine close.

-Si ça vous pose un problème, v'nez m'le dire en face !, couina Harrie en sortant, pas du tout prête à se battre, mais bien décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Un peu inquiet, je préférai ressortir. Ces menaces, bien qu'innocentes, m'avaient immédiatement mis en garde : je n'avais pas envie de me prendre la tête avec une inconnue. Avec n'importe qui, d'ailleurs. Je n'avais pas besoin de cela en ce moment. La cuite de la veille m'avait absolument anéanti et j'avais toujours la gueule de bois, alors non merci !, pas d'engueulade ! Et, alors que je m'éloignais :

-Eh ! Excusez moi ?!

-Oui quoi ?, soupirai-je en levant la tête.

Je n'avais pas de chance. Encore une jeune femme qui m'abordait, elles n'arrêtaient pas, mais qu'ont-elles toutes ? Et, cette fois-ci -et c'était du jamais vu pour moi-, des toilettes publics faisaient office de lieu de rencontre. Et elle allait me draguer. Evidemment. Comme à chaque fois.

Mais elle peut s'asseoir sur mon numéro de téléphone, jamais elle l'aura ! Bien trop dangereux, de donner son numéro. Elle est peut-être flic. Ou connaît un flic. J'ai toujours fuis ces situations, cela ne changera pas aujourd'hui, même si cette fille est plutôt jolie !

Je lui fis face et pris une de ces postures nonchalentes que j'arborais rarement. Seulement lorsque je me sentais à l'aise. Et bizarrement, je l'étais.

Pourquoi ? Parce que cette femme disait quelque chose qui n'avait rien de stupide. Moi aussi, j'avais l'impression de la connaître, à moi aussi, elle me disait quelque chose. Mais je ne laissai rien paraitre, il ne manquerait plus qu'elle s'imagine des choses.

Je suis demeuré serein, malgré la peur de me faire démasquer. Mais je savais tout à fait que cette impression de déjà-vu n'avait rien à voir avec ma cavale. Et alors, comment pouvais-je en être aussi sûr ? Après tout...

-Vous n'aviez pas un enfant, vous ?, demandai-je pour la stopper dans son délire et pour arrêter mes propres pensées.

-Si... Mais je... ne vois pas...?

***

En réalité, elle avait répondu sans même savoir ce qu'elle pouvait raconter. Elle restait pétrifiée devant le visage de l'homme qui se tenait devant elle. Ses bras puissants croisés et ses longs cheveux noirs retombant devant ses yeux -et ces yeux ! si magnifiques ! si bleus !-, la laissait coi, voir admirative. Mais d'où le connaissait-elle ? Elle n'avait rien fichu de sa vie, d'où pouvait-il sortir, à la fin ?!

-J'ai l'impression de vous connaître, dit-elle.

-Désolé, vous faites erreur.

-Vous êtes sûr ?

-Certain.

-Pourtant...

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+013+  posté le jeudi 17 avril 2008 20:23

Blog de netton : Black Cat, +013+

-Eh, Yan', regarde un peu ce que j'ai trouvé dehors !

Tyana venait d'entrer dans la petite salle, le bébé que je venais justement de voir pendu au cou.

Ma soeur, maintenant âgée de treize ans, n'allait plus à l'école (à cause de la demande d'identité), et passait ses journées à s'occuper d'une portée de gamins immigrés dont les mamans ne demandaient qu'à être débarrassées, nounou en cavale ou pas en cavale, elles s'en contrefichaient, la payaient et rendaient Tyana absolument gaga des mômes.

L'enfant gigota dans ses bras, la contraigant à le poser par terre.

-M'man, gémit-il.

-Mon Dieu !,cria la jeune femme. Mon chou !

-Il est à vous, madame ?

-Ou... Oui !

***

Elle voulait brusquement pleurer. Elle avait honte. Ce type qu'elle connaissait (elle n'en doutait pas !), assistait à ce qu'elle appelerait plus tard "les mauvaises actions de la mauvaise mère". Il la jugeait, elle en était sûre !

***

-On y va, coupai-je, perdant peu à peu ma patience.

-Tu veux plus pisser ?

-Je t'attend dehors.

***

Harrie reprit son bambin et, à petits bisous saccadés, embrassa sa chevelure sombre. Elle le serra fort contre elle, honteuse et impuissante face aux jugements inévitables de cet homme sombre.

***

-Il est très mignon, glissa Tyana, refroidit par mes propos..

-Merci.

-Tout ira bien ?

-Bon sang, Tyana !

-C'est bon, j'arrive !

-Je sens que si je sors sans toi, je vais encore poireauter des plombes !

-Merde !!

***

Restée seule, Harrie câlina son enfant en jurant qu'elle demeurerait toujours près de lui, quelques soient les conséquences, quelques soient les jugements...

Brusquement, en regardant Hénery droit dans les yeux, elle remarqua leur couleur ("si bleus !") et fit le lien. Elle avait fichu des trucs, dans sa vie, oui. Son bébé en était un des plus beaux. Il était le résultat d'une accumulation de bonheur, de choses qui avaient marché.

Il y avait eu ses seize ans, une fête inoubliable avec tous ceux qu'elle aimait, Lui aussi, il y était. Puis un Amour, une Relation...Puis un jour, tous s'est effondré sans qu'elle ne s'en rendît compte. Le vide, le gouffre, le noir, la déprime... elle vivait un conte de fée... mais son existence se borda de noir en un laps de temps.

Les choses ont commencé lorsque ses parents ont appris sa grocesse, ils ont voulu déménager loin du père. Pour "sauver leur fille", disaient-ils. Sauf que tout ce qu'ils firent n'eut aucun succés. Harrie alla mal et avait voulu se faire avorter. Mais avait finalement renoncé. Un très bon choix... garder le bébé... elle s'en était sorti tant bien que mal, et la voilà ! Gérant tout à fait son existence !

Henery était l'une des seules choses bien qu'elle fît dans sa vie. Lui, le fils ; mais aussi le père. Qui jusqu'ici courait dans la nature. Avait refait sa vie. mais voilà maintenant qu'elle le recroisait sans vraiment sans rendre compte. Du moins, elle ne s'en apperçut que trop tard, car il était désormais reparti.

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