Accueil Date de création : 23/03/08 Dernière mise à jour : 28/09/08 09:50 / 34 articles publiés
 
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+014+  posté le jeudi 17 avril 2008 22:05

-Assis toi, Tyana, faut qu'on parle, annonçai-je, dès qu'elle eut fermé la porte.

Nous revenions de  l'épicerie. Le dîner gisait dans le sac en papier qu'elle portait : une boîte de haricots, des steaks hachés et des pèches aux sirops en conserves. A l'annonce que je lui fis, elle posa le tout sur le carrelage noir et baissa les sourcils. Son inquiétude était palpable et ma patience à zéro. 

C'est la mâchoire contractée que je lui ordonnai de se dépêcher. Ma ténacité s'affaiblissait incontestablement, je le savais pertinemment, et ne faisait rien pour y remédier. De jour en jour, de semaine en semaine, mon esprit, affamé de réponses et gavé de peur hautement calorique, me jouait de nombreux tours. Tyana subissait cette transe, je le savais, mais ne pouvait rien y faire, malheureusement pour elle. La pauvre.

-Ca ne va plus...,commençai-je, m'efforçant d'avoir l'air accablé.

-Yan', écoute, si tu fais référence à tout à l'heure...

-Laisse moi finir, tu veux...

-Je t'ai écouté, Yan', je suis sortie !

Cette fois-ci, la colère gicla hors de moi. J'étais au plus bas, mais mon obsession, elle, grimpait les échelons vers la folie. J'ai presque hurlé.

-NE DIS PAS N'IMPORTE QUOI ! Tu me prends pour le Roi des Cons ?! Et arrête de te justifier, bon sang ! Je t'ai déjà dit mille et une fois de ne pas traîner dans les lieux publics, ne me le fais pas répéter encore ! Bon sang mais QUAND VAS-TU COMPRENDRE ?! Tu ne te rends pas compte du risque que tu m'as fait courir, là !

Tyana plissa les yeux sous l'effet de mes paroles.

-Alors pour toi, dit-elle presqu'en rigolant, comme si elle se moquait de moi. Pour toi, il ne faudrait pas qu'on reste plus de dix minutes dans un endroit où il y a des gens civilisés ?

-En quelque sorte..., répondis-je, plus calme.

-Yaniis, tu perds la boule, sérieusement !

-PARDON ?! QU'EST-CE QUE...?!, braillai-je, retrouvant ma précédente haine.

-Tu sais très bien de quoi je parle ! C'est plus possible cette situation ! Au début, quand on commençait à peine à être en cavale, okay, je comprend ! Mais là ! Bon sang reviens sur terre ! Cela va faire trois ans qu'on s'est enfuit de la maison ! C'est daté, déjà ! Faut que tu te soignes, je sais pas moi, mais fais un truc, je ne supporte plus ! Je ne  te  supporte plus !

-Alors pour toi je ne suis qu'un malade mental ?

-Le prend pas comme ça, Fréro ! Je t'aime, tu le sais !, couina-t-elle.

-Mais ça t'allait ! Depuis que t'as dix piges, ça te va ! Pourquoi ça change ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ?

-Parce que tu veux encore déménagé ! Tu avais bu, hein ?, tu bois toujours avant de me dire ça ! Ecoute, Yan', grandit un peu ! Tu sais très bien que je n'ai plus dix ans. On ne peut pas continuer à s'enfuir ! J'ai besoin de respirer et de m'habituer à cet endroit un minimum.

-Tu me blesses, Tyana, vraiment ! Je suis ton Big Brother, je dois te protéger ! Hors de question qu'on reste là ! TU M'ENTENDS ? C'est impossible ! C'est dangereux ! Les gens sont malsains ! Il nous veulent du mal ! Il faut faire comme on a toujours fait, on n'a pas le choix ! LA TAULE, LA TAULE !! C'est ce que tu veux ?!, aboyai-je, ignorant les voisins.

-Arrête ! Ca suffit maintenant ! Tais-toi et essaie de te mettre à ma place ! Je ne tiendrais pas longtemps dans cette situation ! Ta vie ne me va plus !

-NOTRE VIE !

-Non ! J'ai bien dit ta vie! Tu ne penses qu'à toi ! Tu ne penses qu'à ce qu'il te faut, ce qui est le mieux pour ta petite personne ! Et moi, tu me laisses tomber, parce que pour toi, il est obligatoire que j'accepte tes décisions !

-PAS DU TOUT !

-Je n'en peux plus !, poursuivit-elle. Je suis fatiguée de courir !

-C'est bon, ça suffit ! Je ne supporte plus cette conversation ! Je sors prendre l'air !, criai-je en me levant.

***

Tyana soupira. Son frère devenait même clostrophobe dans leur propre chez eux. Chez eux qui ne le serais sûrement plus dans les mois à venir. Mais elle gardait espoir, avec de la persévérance et beaucoup de chance, son frère changerait. Elle évita toute remarque et fixa un point invisible, droit devant elle, en restant la plus froide possible.

***

-Tu ne me comprends pas, de tout manière !, grommelai-je en m'arrêtant une demi seconde.

J'ai senti les yeux de Tyana s'embuer, sa mâchoire se contracter et ses lèvres laisser échapper quelque chose qu'elle aurait mieux fait de garder pour elle :

-Gros con...

-QUOI ?! REGARDE-TOI, AVANT DE PARLER !!

Sur ce, je m'éloignai, laissant ma soeur cadette en phase à une profonde solitude, du moins, je l'espérais ; elle avait besoin de réfléchir un peu.

***

-J'te déteste, souffla-t-elle alors que la porte d'entrée venait de claquer.

Son frère avait peut-être assouvi à un de ses plus grands besoins, un besoin de libération intense, mais il avait en même temps perdu le peu d'esprit qu'il lui restait.

En tuant son père, Yaniis avait satisfait son désir sauvage de vengeance, de meurtre. Rien de bien ne s'était fait dans sa pauvre vie d'adolescent mal dans sa peau, mal avec les gens, et surtout mal-traité. Tyana avait toujours compris ce qu'il ressentait, alors qu'ils étaient enfants, mais Yaniis s'était cru seul, et il le croyait toujours, alors il s'était renfermé sur lui-même.

En enlevant la vie à son père, il avait anéanti et rendue folle leur mère. Et si Tyana en était là en ce moment, c'était parce qu'elle avait manqué d'une maman. Cette dernière purgeait en ce moment une peine de trente ans dans la prison ultra sécurisée de Plantow Valley, située à cinq heures de route d'ici.

Et même si Tyana se savait loin de son père, de sa mère, de son malheur, elle se sentait bien plus éloignée encore de son propre frère qui ne devait être qu'à deux patés de maisons. Seule, triste, folle, dégoutée de la vie, Lind Grend, trente-sept ans, gachait son existence dans une cellule. Tyana se sentit alors aussi mal qu'elle, en tout cas, elle le crut, comme si elle ressentait les peines de sa mère incarcérée. Depuis presque dix ans, elles n'avaient été aussi proches, même à une distance phénoménale l'une de l'autre.

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+015+  posté le vendredi 18 avril 2008 08:25

Il était presque neuf heures quand Swan se garra sur le parking du comissariat. Ce matin avait été aussi désagréable que la veille (souvenez-vous, le cimétière à quatre heures pétantes). Un jour ou l'autre, elle refuserait de se lever !

En refermant la portière, elle remarqua une voiture inconnue. Était-ce celle de la légiste ? Si c'était le cas, elle ne se faisait pas chier ! Ce modèle dernier cri venait à peine de sortir ; elle en savait quelque chose, à peine deux jours plus tôt, elle avait eu pour projet de virer son vieux tacot, sauf que les prix l'avaient éberluée !

Elle admira encore quelques instants la brillance du capot, félicitant intérieurement la personne qui pouvait se permettre un tel achat. Son sang ne fit qu'un tour lorsqu'elle remarqua    s'était précisément  fichu le véhicule : hors de question de laisser passer ça !

-Bonjour tout le monde !

-Salut ma chérie, répondit Adrien d'un ton mielleux.

-Si tu tiens autant à me draguer, commence par me regarder. Et tu seras gentil de lâcher mon Mac sous peu, j'ai des trucs à faire, MOI !

Elle remarqua alors le réveil, d'un rouge criard, posé sur le bureau. Il ressemblait beaucoup à celui de Boris, son patron. Hormis les aiguilles (celles-ci étaient surmontées de petites têtes de Mickey Mouse), c'était le même en tous points. Si le chef lui avait offert, Adrien pouvait en être content, car rares sont ses moments de générosité.

-J'ai presque fini mon niveau. Installe-toi donc et admire comment un homme, un vrai, parvient à bousiller le record avec beaucoup de classe !

-C'est quoi, ce réveil ?

-Ah, oui, le Boss-Boris me l'a offert. Parce que, dit-il, "je ne fais pas assez gaffe au temps". Ben ouais, personne n'est aussi obsédé que lui par ce fichu Temps ! Rassure-toi, je m'en sers autant que je peux, sinon il m'aurait déjà passé par la fenêtre !

Enfin écairé sur ce point, Swan changea de sujet :

-C'est à qui la bagnole bleue ? Celle sur la place de Jack ?

-À moi, soupira quelqu'un qu'elle n'avait pas encore remarqué.

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+016+  posté le vendredi 18 avril 2008 08:43

Elle tourna la tête vers un jeune homme, assis à l'ordinateur le plus vieux de toute la brigade. Ses yeux clairs lui donnèrent littéralement la chair de poule, mais pas autant que sa chevelure rouge. Une teinture ? Pourquoi pas... Il sourit faiblement face à la mine qu'elle lui offra pour son premier jour.

-Bonjour, fit-elle en essayant du mieux qu'elle pouvait de se détourner de lui.

L'homme se leva sans répondre et marcha vers elle avec un drôle de déhanché.

Il lui fit la bise avec une espèce de timidité-fierté que Swan ne sut pas définir autrement. Adrien les observa sans broncher, bouillonant de l'intérieur, alors qu'il mourait d'envie de sauter à la gorge de cet homme qui surgissait dans leur vie professionnelle et lui prenait son amour à sens unique.

-Bonjour, dit-il dans le creux de son oreille une fois qu'il eut fini.

Elle ne put s'empêcher de rougir. Et pourquoi donc ? Ce n'était pas son genre d'être aussi destabilisé face à une telle situation. Ce type était timide, elle le savait, mais il dégageait quelque chose de si impressionnant qu'on pourrait penser qu'il était prétencieux, voir désagréable...

-Ah, s'exclama Boris en arrivant. Je vois que vous faites peu à peu connaissance. Allez-y mollo, mon gars, cette femmelle est en voie de disparition !

-Bon, mes tout beaux, bougez pas temps que j'ai pas foutu un point à ma phrase ! Je suis clair pour l'instant ?

Et comme personne n'eut l'air de contester cette réplique, il pousuivit :

-Bien, Swanou, on rame sur l'affaire mariée-fantôme, je te donnerais le peu de détails qu'on a demain. Aujourd'hui, je voudrais que tu t'occupes de... de...

-Ulrike, Ulrike Vantanzen.

-Ben voyons, un allemand maintenant. Enfin bref, Swan, briefe-le, celui-là. T'as la matinée, après quoi tu peux faire les soldes. Tu le savais, que c'était les soldes ?

-Oui.

-Ben t'iras les faire. Je te laisse ton aprem', ça fait une semaine que je te demande de venir plus tôt et de rentrer plus tard... alors le calcul est vite fait. A plus, j'y vais.

Il se dirrigea vers son bureau à petits pas nerveux, secouant la tête au rythme d'une musique inexistante. Adrien, bien décidé à ne pas laisser passer une chose pareille, revint à la charge ; cet Ulrike ne piétinerait pas sur son terrain de chasse.

-Tu sais, si tu veux, je peux m'en occuper, Swan, comme ça, tu te reposes.

-Non merci, dit-elle simplement, sans quitter son nouveau des yeux.

-Nan, mais tu vois, si t'as envie, je me charge de lui.

-J'ai dit "non merci". Si t'as rien à faire, demande à Boris de te trouver quelque chose. Il y a bien un américain à sauver sur ce continent !

-J'ai compris. On se voit à midi, souffla-t-il, vexé.

Dès qu'Adrien leur eut tourné le dos, Ulrike s'empara des bras de Swan avec une violence inutile qu'il ne réussit pas à contrôler. Ce fut comme s'il ne voulait pas qu'elle s'échappe, qu'elle parte trop loin. Il sentait au plus profond de son subconscient que cet affection qu'il éprouvait pour elle n'était pas passagère, bien qu'elle fut précipitée. Et bien sûr, cette chaleur au niveau des tempes n'était pas sage du tout, et cela, a n'en pas douter, étant donné la couleur de ses joues.


-Je suis... ravi que vous vous... chargez de moi, dit-il en corrigeant du mieux qu'il pouvait ses accrocs de langue.

-Tant que ça ? On peut se tutoyer alors, gloussa-t-elle, bien malgré elle.

La jeune femme ne comprenait pas pourquoi il la tenait pour lui dire ça, pas plus que lui, dailleurs, qui ne savait plus comment reculer. Il laissa ses mains un moment sur la peau fraiche de sa nouvelle collègue. Cette dernière était maintenant certaine qu'il était timide. Alors peut-être que cette façade de charmeur ne lui appartenait pas ; elle était contente de ne pas s'être trompé là-dessus.

-Je... Les gens sont... gentils, ici ?

-Plutôt.

-Et... tu travailles sur le terrain, ou...

-Les deux.

-Bien...c'est bien de... de varier.

Il laissait encore ses mains là où elles étaient, de plus en plus gêné. Pour l'aider, elle lui prit la main et la retira. Il sourit et la remercia d'un hauchement de tête.

Il a le béguin !

Voilà ce que pensait et espérait Swan, sans le moindre grain de modestie. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'elle devait l'apprécier bien plus encore que lui.

Jamais elle n'avait éprouver cela pour qui que ce soit, en tous cas, pas dès le premier coup d'oeil. Cet homme lui faisait perdre tous ses moyens et la transformait de pied en cap. Il et elle l'avaient compris. Il et elle avaient la tête qui tournait.

Elle restait plantée devant lui, sa main agrippée à la sienne, si longtemps et si bien que finalement, cela devenait presque naturel. Elle l'embrasserait bien si la barrière de la connerie ne la retenait pas autant. Que penserait-il ? Il venait d'arriver, et déjà on lui sautait dessus... Elle se mordit la lèvre et le lâcha.

-Tout ce que je peux te dire, c'est que tu vas bien t'en sortir.

Et c'est honteuse qu'elle partit à grand pas vers les bureaux, sous le regard dérouté d'Ulrike qui n'avait jamais vécu une chose pareille. Il fallait qu'elle parle à Boris le plus rapidement possible : hors de question qu'elle lui fasse la visite des locauxs et du boulot, elle en était incapable. Elle ne pensait qu'à ses yeux couleur ciel d'hiver et à sa crinière de feuilles mortes. Cette dernière étant pour le moins naturelle.

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+017+  posté le dimanche 04 mai 2008 07:23

Dans une salle de bain de Borth Street, une femme aux allures d'asiatique débarquait à peine dans une phase de la vie que  tout le monde appelle la trentaine, mais qu'elle nomme avec moue : l'âge pourri, l'âge merdeux...

Assise sur la lunette verdâtre de ses toilettes, elle repensait à la veille. Une fête formidable, sans nul doute. Mais comment s'amuser quand on ne pense qu'à l'âge fêté ? La réponse est : "on ne peut pas", songea-t-elle en balançant ses mains dans le vide.

La seule chose qu'elle trouvât fut de se bourrer, dégueuler, draguer des gens qui étaient à son anniversaire alors qu'elle ne les connaissait pas, puis se rebourrer, redégueuler, et ainsi de suite !

Elle se souvenait à peine de la fin de la soirée. Mais se réveiller à l'aube avec le soutient-gorge manquant, lui fit comprendre que pour ses quarante ans, personne ne viendrait l'emmerder !

Elle fixa longuement un point dans le vide. Jamais elle n'aurait penser que cette passe serait si difficile. D'autant plus qu'elle commençait bientot son service au comissariat. Il ne faudrait pas qu'elle se prenne la même cuite la veille de son premier jour, tout ça parce qu'elle flippe de ces gens.

De plus, ils la reconnaitront tous. Son nom ne passerait pas innaperçu ; son livre a fait un tabac et il n'était pas impossible que tous ces débiles de flics l'aient lu. "Ils ont inétêret à l'avoir lu", grinça-t-elle à la pièce. Son travail étant basé sur sa propre théorie dite d'alpha et oméga (ces lettres greques représentant les deux côtés d'un criminel), il leur fallait être à peu prêt au courant pour piger un mot de ce qu'elle dira.

Elle se leva et se dévisagea dans la glasse. Cette douche ne l'avait par remise de ses émotions. Ses mains s'agrippèrent à sa serviette, et son estomac se noua lorsqu'elle se souvint que c'était dans à peine trois jours qu'elle intégrait pleinement son boulot de médecin légiste chez ces couillons de français.

Quand elle pensait qu'elle avait dû apprendre à parler leur langue, juste pour pouvoir leur expliqué des choses qu'ils ne retiendront pas ! Elle sortit une notion qu'elle connaissait bien : "Bande de salauds !" puis se passa la main dans les cheveux. Ces derniers étaient encore mouillés.

Un commissariat français planté aux States ! Il ne manquait plus que ça !

En tous les cas, pas de quartier !

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+018+  posté le dimanche 04 mai 2008 10:58

-Salut ma biche !, s'exclama Boris depuis sa propre chaise. Encore en retard ?

-Bonjour Monsieur.

-Qu'est-ce qui te prend de m'appeler comme ça ?

-Je prends mes distances, dit-elle simplement.

-Déconne pas, qu'est-ce que t'as fait cette fois-ci ?

-Ah mais rien du tout !

-Bon, installe-toi et reprenons cette réunion.

-Au programme : la mariée fantôme. On a pas mal de choses, mais ça ne nous mène à rien.

-Je te le fais pas dire, souligna Kiyoshi.

-Pour la tombe, fit Ulrike, j'ai fait des recherches et ce modèle n'existe plus depuis la fin des années 80. Il semblerait que quelqu'un l'ai donné à la défunte. Ou bien qu'on lui ai mise de côté dés sa naissance.

-Bien, ça devient de plus en plus bizarre, tout ça.

-J'ai reçu un appel, tout à  l'heure, dit Kiyoshi.

-Oui eh bien, pressa Boris. J'ai louppé quelque chose d'intéressant ?

-Disons juste qu'une dame téléphone, en larme, et gueule dans le combiné qu'elle vient de retrouver son chien...

-Qu'est-ce tu veux que ça me foute !

-...mort.

-Ah, murmura-t-il. Tu étais, là Ulrike ?

-Non, Monsieur.

-Bon, qu'est-ce qu'elle a dit, alors ?, demanda Boris en revenant à Kiyoshi.

-Le chien est plus que mort, poursuivit-elle. Eventré, dépecé, vidé... tout ce que tu veux, quoi.

-Bordel mais c'est dégueu !

-La femme gueulait tellement dans les trous du téléphone que j'ai dû m'éloigner du combiné ! J'suis déjà pas mal nulle en anglais... Là je pigeais presque plus rien !

-Et quel rapport avec la mariée ?, demanda Swan.

-Oui, j'vois pas trop non plus, pour l'instant, approuva Ulrike.

-Des témoins, répondit la jeune japonnaise. J'ai recuilli le témoignage d'un ado qui sortait justement en douce au moment des faits.

-Premier suspect !, s'exclama Boris. Tu l'as pas laissé filer ?!

-Premièrement,  je l'ai eu au téléphone, lui aussi. Comment tu veux que je le laisse pas filer ? "Attendez, bougez pas, j'arrive avec des flics et on va vous embarquer ! Vous moovez pas, hein, je vous fait confiance ?", simula-t-elle. Nan mais n'importe quoi, toi !

-Je pouvez pas savoir.

-Deuxièmement, le type était carrément bouleversé. Il s'est évanouie, le pauvre, en voyant le cadavre déchiqueté du toutou. Y a des raisons, une vraie boucherie ! J'ai reçu des photos du flic qui était sur place.

-Et alors, quel rapport avec la mariée, merde !

-Attend, j'y viens ! Le pauvre p'tit jeune allait rejoindre des potes, et au coin de la rue, il a vu une ombre blanche, très longue, qui court très vite. Il assure ne pas avoir bu ou fumé. Deux secondes après, il essaie de la suivre, tout en gardant ses distances, mais il tombe nez à nez avec le chien ouvert sur un paillasson. Et c'est pas tout. Le sang sur la tombe, c'est celui de l'animal. Va savoir pourquoi ce clebs.

-Pour l'instant c'est un chien. J'espère qu'elle ne va pas monter en folie et s'en prendre à des humains.

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