Pourquoi j'avais fuis ? Avant cet épisode, je ne connaissais même pas le sens du mot lâche... mais il faut croire que cette fois-ci, la peur m'avait donné des ailes. Peut-être aussi que je ne suis pas resté, face à la police, mon crime sur les épaules et le cadavre à mes pieds ; peut-être que je ne suis pas rester pour pouvoir protéger Tyana. Plus de père, et une mère en plein dans la merde, il ne lui aurait resté personne si j'étais rester dans cette maison du diable.
-Elle est bien bonne, celle-là ! Combien de temps encore je vais me voiler la face ? Qu'est-ce que je vais encore bien pouvoir inventer pour me justifier ? Je ne l'ai pas protégée : je l'ai embarquée ! La différence est imposante ! Je ne lui ai pas laissé le choix, aucune ouverture pour s'échapper !, m'exclamai-je à voix haute, sûrement à ma propre intention plutôt qu'au barman (ce dernier se sentait énormément impliqué, étant donné que l'alcool responsable de mon état provenait de ses bouteilles)

-Je vous sers autre chose ?
-Un aut' cocktail s'il vous plait..., bredouillai-je.
-Allons-y pour un cocktail !
Un cocktail...
Un cocktail de conneries, oui !
Un coup de feu et j'ai mis la vie de ma soeur en danger. En tuant ses parents, en l'emmenant avec moi, je l'avais peut-être protégée, mais en même temps, je la détruisais à petit feu. Mais qu'est-ce que je peux dire comme connerie, moi, quand j'ai trop bu !
Une jeune femme se glissa discrètement près du bar. Même si elle ne m'approchait pas, j'ai su par ses regards timides et irritants qu'elle prenait son courage à deux mains pour m'aborder.

-Pardon mais, tu danses ?
-Pardon mais non.
Je bus une gorgée de mon verre, presqu'en l'ignorant. Il faut qu'elle parte. Il le faut impérativement. Je ne vais pas la supporter très longtemps.
-Pourquoi ? Je suis trop laide ? Trop grosse ?, ricana-t-elle comme si tous ces propos étaient strictement impossibles et ridicules.
-Non, rien de tout ça...
-Alors quoi ? Tu sais pas danser ?
Je ne vais pas la supporter très longtemps...
-Tu sais, c'est pas compliqué le slow. Allez, viens !
Elle me prit le bras et, surpris par sa force (et ivre mort), je me laissai entraîner sur la piste illuminée de spots criards.

-Voilà, prend moi la main, comme ça. Tu vois que t'y arrives.
-Prenez moi pour un kéké...
-On se tutoie, hein ? J't'aime bien. T'es mignon.



