Lorsqu'elle arriva au cimetière, il faisait jour. Ce
retard n'échappa pas à Boris, son patron très
matinal, qui l'attendait devant un tombe en terre
battue.
-T'en a mis du temps, pupuce. J'ai dit cinq minutes, pas une heure.
-Je me suis faite aborder trois fois par des jeunes. Alors s'il te plait, no comment.
-C'est ta tenue, ça attire. Combien de fois je t'es dit qu'être flic c'est pas pareil qu'être pin-up ? Eh puis, je t'avais dit de laisser tomber ta douche, tu la prise quand même.
-Je me lave, pas comme toi ! ça fait une semaine que t'es avec les mêmes fringues et je parie que ta dernière toilette remonte à la même date !
-Le gardien à vu celle qu'a fait ça.
-Hein ?!
-La tombe.
-Ah. T'as changé de sujet.
-Faut suivre.
-Je suis.
-Quelle idée d'avoir bétonné ce cimetière, franchement, grogna Boris en grattant le sol du pied.Tout ça parce qu'ils veulent plus de defunts locataires. Z'abusent les gens de c'te quartier.
-T'y a vécu, je te rappelle.

-Merci de me le rappeler. Dailleurs, ça fouette toujours autant la poubelle, même vingt ans plus tard !
-T'as les échantillons de terre ?, coupa Swan.
-Ouais, Jacky est passé vite fait s'en occuper. Je savais que t'allais vouloir y toucher.
Elle ne prêta pas attention à cette dernière remarque et s'accroupit près de la terre. Jack, médecin légiste d'un autre établissement et ami du commissariat, était comme un frère pour Swan. Cette dernière ne put effectivement à s'empêcher de toucher la substance marron.
-On dirait de l'engrais. Bizarre, pour une tombe, d'avoir demandé une terre aussi humide. C'est là que les vers vont le plus. Il a pris du sang, aussi ?
-Aussi. Et.. j'ai oublié mais on a trouvé une seringue, par terre, près de la tombe. Il l'a emmenée.
-Bien. Une seringue.
Elle approcha son visage et renifla les taches pourpres. Swan a toujours eu l'habitude de se fier à son flaire, ce qui a répugné nombre de ses collègues lorsqu'il s'agissait de tripes, de sang, ou d'autres choses plus dégoûtantes les unes que les autres.
-Animal, annonça-t-elle. Et celui-là sent vraiment fort. Je dirais du chat ou du chien, à vue de nez. Peut-être du lapin, sinon, mais il n'y en n'a pas beaucoup par ici.
-Please, Swanny chérie, je viens de m'enfiler un pain au chocolat ! T'es bien gentille de n'pas me le faire rendre ! Tiens t'en à la tombe et laisse le sang de côté, j'ten prie.

-Tu veux des info' sur la tombe ? Ben j'vais t'en donné, moi, et tu vas voir que c'est... un peu bizarre...
-Traine pas, je risque de m'endormir, baîlla Boris.
-Cette tombe est vieille d'une vingtaine d'années. Or, la défunte, Sandra Ponont, n'est morte que le mois dernier, à 24 ans.
-Comment t'arrive à savoir, pour l'âge de la tombe ?
-Tu as dit toi-même que je m'y connaissais. Et maintenant, il y a un autre détail qui m'échappe : cette tombe est unique. Ici, elles ont toutes la même forme, sauf elle.

-Oui, tout comme il y en a qui ont plus de fleurs, ou plus de mousse, ça ne sert à rien ce que tu d...
-Mélange pas tout, pépère. Tout dabord, elle est arrondie, ensuite, elle est en terre battue, et enfin, il n'y a aucun signe de croix apparant. Comme si cette fichue tombe était la seule comprenant quelqu'un de non-croyant. Il faut croir que la personne qui a fait ça voulait (en quelque sorte) salir cette pauvre femme.
-T'es canon ET intelligente, mais qu'est ce que je vais faire de toi, ma chérie.
-S'il te plait, on peut rester concentrer ? Tu m'as réveillée une heure trop tôt, je suis un peu de mauvaise humeur, alors si en plus on ne bosse pas...

-Si on peut plus plaisanter...
-Que sait-on sur la personne qui a foutu le sang ?, trancha Swan.
-Des choses étranges, si ce n'est pas dire fantasmagoriques.
-C'est à dire ?, demanda Swan, de plus en plus intéréssée, elle d'habitude si terre à terre.
-Toutes les infos nous viennent du gardien de nuit. Il parle d'un fantôme.
-Un fantôme, ben voyons. Et comment était-il ?
-Elle, rectifia-t-il. Une ombre, une chose, une créature, une femme, une mariée...
-Vraiment ? Une mariée ?
-Ouais, enfin, "un grand truc blanc", comme dit le gardien. Et, apparemment, elle "glissait comme un bateau sur l'eau". Sincèrement, ce vieux perd la boule. Les morceaux de plastique dans l'allée nous signale qu'elle avait des talons blancs, aiguilles, et donc qu'elle ne flottait pas.

Le duo sortit calmement, tous deux dans leurs reflexions respectives. Une fois sortit du cimetière et de l'atmosphère qui y régnait, Swan reprit la parole :
-Je récapitule : une mariée fantôme en talons qui utilise une seringue pour jeter du sang animal sur Sandra Ponont, morte le mois derniers à 24 ans, sachant que sa tombe est presqu'aussi vieille qu'elle... T'en as déjà vu une, toi, d'enquête aussi étrange ?
-Si tu savais ce que j'ai vu dans ma vie !,s'exclama-t-il en levant les yeux au ciel. Plus rien ne m'étonne, désormais !